Le journalisme de l’extrême est un style journalistique développé par un groupe de loosers lillois. Le concept s’est formé petit à petit autour de quelques projets échoués ces dernières années :
Le C’est Pas Encore fini représente l’acte fondateur du journalisme de l’extrême. Ce petit fanzine fut créé par deux étudiants de Lille 3, se
surnommant Jeanne et Serge, durant le mouvement étudiant 2006 contre la loi sur l’égalité des chances. Le premier numéro, paru le 1er mars 2006, avait pour but de critiquer dans
l’extrême (d’où le journalisme de l’extrême) tout ce qui constituait le conflit étudiant, entre pro et anti-bloqueurs. Sévèrement insultés par les deux camps, Jeanne et Serge prirent la décision
de publier un second numéro le lendemain et encore un le surlendemain et ainsi de suite. Involontairement, ce fanzine devint un quotidien, diffusé tous les jours sauf les jours de week-end. Au
fil des jours, Jeanne et Serge apprirent à connaître les fondements d’un blocage d’université et eurent tendance à pencher plus du côté des bloqueurs. Des rédacteurs supplémentaires s’y
ajoutèrent et le nombre de lecteurs augmenta (100 exemplaires au premier numéro et autour de 700 exemplaires à la fin). Au bout d’un mois et 20 numéros, les conditions de santé de Jeanne et Serge
se dégradèrent considérablement (perte de poids, hallucinations, éclatement du système cérébral…) en raison du manque de sommeil accumulé et de la drogue consommée à leur insu.
L’édito du 8 mars 2006
:
« Soeurs et frères du
ghetto,
Nous serons tous d’accord aujourd’hui, je l’espère, pour rendre hommage à la force dont tous les mécontents ont fait preuve.
Ca fait du bien de remplir les artères urbaines, de faire vibrer les murs infâmes de notre quotidien et de se libérer du carcan cadavérique que l’Histoire nous force à porter. Nous sommes déjà
mort mais, même en enfer, des révolutions éclatent encore. Le C’est Pas fini était là. Malgré les restrictions budgétaires, le rapetissement du format, le sandwich pourri d’il y a trois jours, la
carte bleue avalée, la ligne Orange suspendue, les fautes d’orthographe à répétition de Serge, et toujours cette inspiration mise à l’épreuve,… bref, malgré tout ce bordel, le C’est Pas fini
tenait à vivre encore quelques jours ; et qui c’est quand ça finira ? Putain de manif ! Et putain de violence ! Mais quand même, Villepin en a pris plein son cul
(Dominique !).
Bon, encore un gros Big Up à tous ceux qui se sont bougés le cul, à tous ceux qui voulaient mais ne pouvaient, à tous ceux qui voulaient mais ? Mais ? Mais ? Mais ? Un gros Big Up au seul barriqué qui a eu le courage de nous confier un texte et de nous faire confiance.
Peut-être pas à demain. »
Deux numéros bilan, intitulés Coma de la Résistance Sociale et Le plus simple ment, furent édités respectivement en mai 2006 et le 21 juin 2006.
Le projet suivant, qui n’a jamais existé, devait s’appeler Le Décomadaire. Comme son nom l’indique, ce périodique était sensé paraître tous les dix
jours sur Lille. Reprenant allégrement la forme de 20 minutes, ce journal devait se servir de l’usurpation d’identité afin de rentrer pleinement dans le spectacle médiatique et
montrer grossièrement aux passants avec quelle facilité nous pouvions leur foutre de la merde dans les mains. Le prototype est disponible dans la bibliothèque de l’ENL.
Édito fondateur du Décomadaire :
« Nous n’étions hauts que comme trois pommes lorsque Le Canard Enchaîné édita son premier numéro, lors de la première guerre mondiale. Leur idée de ne propager que des mensonges mensongers dans une presse nationale pleine de vérités vraies nous est apparue depuis quelques mois comme évidente. Oui mais voilà ! Notre époque n’est plus la même qu’en 14. De nos jours les journalistes sont de véritables professionnels, ayant une carte de presse et travaillant rigoureusement. Il était difficile pour nous, presque centenaires, de nous frayer un chemin dans la Grande Presse que nous admirons tant, et qui nous effraye en même temps. Nous avons donc décidé d’innover pour exister. Vous tenez entre vos mains le premier journal mensonger, gratuit, paraissant tous les dix jours et distribué par des playmobils. Si le dieu le veut : à dans dix jours pour de nouveaux mensonges. »
Aussi le journalisme de l’extrême consiste à aller au plus près du spectacle médiatique, au risque des complications neuropsychiques encourues. De la même manière que des gens se jettent d’un avion avec un parachute, les journalistes de l’extrême n’hésitent pas à lire La Voix du Nord, Nord Eclair, 20 minutes, Lille Plus, Métro, Direct Soir, ou à regarder France 3 NPDC, M6 Lille, La Star’ Ac, ou encore L’île de la tentation. Ces médias représentent un réel danger pour le système cérébral et c’est pour ça que, déjà, quelques journalistes de l’extrême se sont mis en arrêt maladie, voyant leur santé en péril.
Hubert : « Regarde-les tous ces veaux qui se laissent porter par le système. Regarde le celui-là. Il a pas l’air méchant tout seul dans son cuir en peau de fesses de chèvre, mais c’est la pire des races. Tu vois ceux qui s’arrêtent de marcher dans les escaliers mécaniques, ceux qui se laissent porter par le système, c’est les mêmes qui votent Le Pen et qui sont pas racistes, c’est les mêmes qui font des grèves pour protester dès que les escalators ils tombent en panne. La pire des races ! »